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L'affaire Werner

Françoise ELLOY
(Secrétaire générale CNSRD21
fille de parents résistants qui ont vécu, avec elle, l'affaire Werner)

De l’incident mineur à la répression majeure

Les randonneurs qui découvrent la vallée de l’Ozerain aujourd’hui, sont loin de se douter du drame qui s’y est joué il y a quatre-vingts ans.
Janvier – Février 1944, douze villages de la Vallée de l’Ozerain sont plongés dans la terreur et subissent la répression. Le traumatisme des populations fut immense et pèsera très longtemps sur leur avenir.
Pour bien comprendre ce que vécurent les habitants, il nous faut remonter aux sources de ce qu’on appelle L’affaire WERNER, c’est-à-dire l’embuscade qui allait tout déclencher, mettant en marche le mécanisme de la répression systématique des SS.


PARLONS DE L’INCIDENT MINEUR A LA REPRESSION MAJEURE
Dès 1940 dans cette partie de l’Auxois, la Résistance s’organise peu à peu : l’artisan en est le Commandant BERNARD (de son vrai nom Bernard GUILLEMIN). Il fonde le maquis Bernard, dont les premiers groupes existent au printemps 1943, rattachés en septembre 1943 aux Francs - Tireurs et Partisans Français.
Les groupes Bernard, composés d’une centaine d’hommes au début, voient très vite leurs effectifs grossir par l’arrivée de tous ceux qui refusent de partir au Service du Travail Obligatoire. Ces groupes sont composés de jeunes dont l’âge moyen avoisine 24 ans, le recrutement est très diversifié : 41 % de cheminots, le reste issu du monde rural et citadin.

 

Le maquis se structure :

4 groupes sont créés qui portent les noms des quatre normaliens fusillés en mars 1942 :

o Groupe SCHELLNENBERGER à Villy en Auxois
o Groupe ROMENTEAU à Villeberny-Jailly les Moulins
o Groupe LAFORGE à Hauteroche-Ecorsaint
o Groupe VIEILLARD à Flavigny sur Ozerain


Dans le langage de la Résistance, ces hommes, réguliers ou sédentaires, sont nécessaires à l’existence d’un maquis, ils jettent un pont entre la vie clandestine et la vie civile. Ils fournissent les renseignements sur les troupes d’occupation, font office d’agents de liaison, indiquent les actions possibles à entreprendre, y participant parfois. Ils s’occupent du ravitaillement des
maquis, de l’encadrement, et de la sensibilisation de la population villageoise. Leur rôle est donc très important.

A l’origine de l’affaire : le maquis de VILLY EN AUXOIS
Depuis septembre 1943, la grotte de Grissey surplombant la vallée de l’Ozerain abrite une quarantaine d’hommes, parmi eux de nombreuses recrues encore peu aguerries à la dure vie du maquis. C’est dans cet abri de fortune, que la rigueur de l’hiver 43-44 les surprend, leur portant un rude coup au moral. Au début du mois de janvier 1944, PERRET, en sa qualité de
chef de détachement du Groupe Schellnenberger, prend la décision de quitter ces lieux inhospitaliers pour mettre ses hommes « au chaud », dans une maison inoccupée à Villy en Auxois.

Si ces nouvelles dispositions améliorent le quotidien des maquisards, leurs préoccupations restent les mêmes : le ravitaillement. Différentes solutions ont été adoptées par les responsables pour résoudre ce problème quotidien :

o Les dons
o Les réquisitions,
o L’appoint des tickets d’alimentation.

25 Janvier 1944
Les réserves étant presque épuisées, PERRET décide l’organisation d’une expédition de 4 maquisards, à Venarey les Laumes,
Ils devront réquisitionnés :

o De la nourriture à la coopérative SNCF,
o Des chaussures au magasin Perrin,
o Du tabac chez un buraliste.

Les deux premières réquisitions se passent comme prévu, mais les hommes font « chou blanc » pour le tabac, le buraliste n’ayant pas été livré : il le sera le lendemain matin par le car assurant la liaison SEMUR EN AUXOIS – VENAREY LES LAUMES. La déconvenue est de taille : le tabac est une denrée prisée pour ces jeunes privés de tout, il contribue activement à leur soutien moral.
Devant cet imprévu, PERRET décide d’intercepter le car, dès le lendemain matin.


26 Janvier

« Jacqueline », « Michel » « Jojo » et « Regniet » se portent volontaires.
Enfourchant leurs bicyclettes, dès 6 H 30, ils traversent Jailly les Moulins, Arnay sous Vitteaux, pour se poster sur la RN 5 à proximité du passage à niveau de Pouillenay. Si le car tant attendu se présente comme prévu, il ne transporte pas du tabac mais des soldats allemands.
Les forces en présence sont fort inégales tant au niveau des effectifs – 4 maquisards pour une trentaine d’allemands – qu’au niveau de l’armement, les maquisards ne disposant chacun que d’une mitraillette Sten et d’un révolver, armes de récupération.
Cet accrochage va avoir de lourdes conséquences.


Des pertes humaines
Si les pertes du côté allemand ne sont que de deux blessés dont l’un décèdera de ses blessures, les maquisards déplorent dans leur rang la mort de deux des leurs :

o MICHEL, 20 ans, tué lors de l’accrochage,
o JACQUELINE, 25 ans, blessé au combat puis exécuté sur place.
o REGNIET, 17 ans, benjamin des groupes Bernard, après avoir usé sa dernière cartouche, fut fait prisonnier. Il subit les tortures, les camps de déportation allemands, sans jamais donner un seul nom de ses amis.
o JOJO parvient à s’enfuir et à donner l’alerte.

L’Affaire Werner
Cet accrochage, et plus particulièrement l’arrestation de « REGNIET » est à l’origine de ce que l’on a appelé et ce dont on parle encore aujourd’hui « l’Affaire Werner ».
A l’annonce de la mort et de l’arrestation de leurs camarades, le désarroi des maquisards est grand : « une atmosphère d’extrême tension nerveuse règne au camp » note l’un d’eux. L’idée d’une éventuelle expédition pour libérer « REGNIET » fait son chemin dans leur esprit.
Peut-être se remémorent-ils l’article N° 9 du serment des FTP prêté lors de leur engagement, qui exhorte à « prêter maximum aide à tout patriote en danger ou blessé et à faire le maximum d’efforts pour l’aider à conserver ou à retrouver sa liberté ».
Une telle opération s’avère irréalisable. « PERRET », « influencé par ses camarades » prend l’initiative de procéder à un échange. C’est dans cette perspective que le groupe de 12 volontaires décide de tendre une embuscade, qui se déroulera au passage à niveau de PONT DE PANY.
Au soir du 28 Janvier, le groupe de résistants a « sa monnaie d’échange ». Au cours de cette embuscade à Pont de Pany, un officier allemand, sérieusement blessé, est devenu otage des Résistants.
L’otage est transporté de Pont de Pany à la Ferme de Chaudenay.
Lemoine, résistant parlant allemand, sert d’interprète. Il découvre en examinant ses papiers que le Major Kurt WERNER, âgé de 53 ans, est commandant de la Ordnungspolizei pour la région de Dijon, qui n’a rien à voir avec la SicherheitsDienst.
Interrogé sur les moyens de procéder à un échange, le Major lui laisse peu d’illusions : « nous sommes en temps de guerre, et en temps de guerre, nul homme n’est indispensable, quel que soit son statut. Je doute que les Allemands cèdent à vos revendications ». Devant l’insistance de ses ravisseurs, le Major leur conseille de passer par des intermédiaires français et donne
trois noms de personnes à contacter.
Le parcours du Major Werner vous a été présenté lors de la projection du DVD réalisé par Jean-Marc Bordet.
A la Libération, dans la vallée de l’Ozerain, l’explication de toute l’affaire WERNER se trouve réduite « au tabagisme des maquisards ». Ce jugement négatif, dicté par l’émotion, a été révisé depuis, car La Résistance intérieure (en particulier en Côte d’Or) a contribué à la Libération de la France.

Je laisse Jean BELIN continuer ce récit,

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